12 années après, retour à Tokyo

Il y a douze années, je partais pour mon premier voyage seule, au lendemain de mes 18 ans. Ce séjour de 3 semaines à Tokyo, très mal géré niveau budgétaire, plutôt désorganisé et en passant à côté des plein de choses, avait pourtant été fantastique. En grande fan de manga et visual kei a cette époque, c’était une destination fantasmée, idéalisée, qui avait su répondre à mes rêveries de jeune femme à peine sortie de l’adolescence.

Avec le recul, je regrettais de n’avoir circulé que dans quelques quartiers de Tokyo, de ne pas avoir poussé le voyage vers d’autres villes, être sortie des sentiers battus.

Me revoilà donc dans cette incroyable mégalopole, avec un budget plus confortable, un roadbook mieux ficelé, plus varié. Premier constat, Tokyo a changé. Je m’attendais naïvement à retrouver le Tokyo de 2006, j’avais un tas d’images et souvenirs en tête, mais bien évidemment cette ville ne m’a pas attendue et a changé.

La mode, pour commencer : je la trouve beaucoup moins excentrique. Beaucoup moins de japonaises décolorées/colorées, de coupe de cheveux et coiffures élaborées, de maquillages originaux, d’ongles décorés de dizaines de stickers, … La mode semble être plus que jamais au « mignon », et c’est d’autant plus frappant dans des quartiers comme Shibuya : mini jupes volantées, talons de poupées agrémentés de laçages et noeuds, longues vestes décorées de (vraie) fourrure, le tout dans des couleurs pastels, rose poudré en tête de liste.

Peut-être que de refaire la même ville des années après n’est pas une bonne idée, et l’explosion du tourisme de masse n’aide pas. Bref, petit côté déçu à côté des attentes que j’avais. On croise dorénavant énormément d’européens, certains petits restaurants n’acceptent plus les gaijins (touristes, étrangers) qui manquent un peu de correction dans ce pays de respect et de tradition.

Une semaine à Tokyo a été tout à fait suffisant cette fois-ci. Nous avons passé la moitié des nuits dans un ryokan (auberge traditionnelle) à Ikebukuro, l’autre dans un hôtel plus occidental à Akasaka, avec accès aux bains chauds de l’hôtel. Pour ceux qui ne connaissent pas, ce sont des bains non mixtes, maillots de bains prohibés, tu te laves sur un petit tabouret avant de te plonger dans de l’eau à 39 ou 41º selon le bain. Un petit moment de bonheur et de relaxation à chaque fois, la pudeur n’étant pas spécialement un problème puisque c’est ancré dans les mœurs d’ici et que tu n’es pas scruté malgré la nudité.

Côté traditionnel

Pour les visites, beaucoup de temples evidemment. La période était faste, étant donné que pour la nouvelle année, les familles shintoïstes comme boudhistes se rendent au temple pour prier et formuler des souhaits à l’aube de ces douzes nouveaux mois sous l’auspice du sanglier.

Le choc des cultures

Même si je ne vous ai pas caché ma déception, n’ayant pas croisé un seul cosplayeur (vêtu comme un personnage de manga/film) qui étaient légion à Harajuku autrefois, … le Japon reste une mine d’étonnement et de sourires en coin face à des habitudes diamétralement opposées aux nôtres. Attention, n’ayant que survolé la vie japonaise, je peux me tromper ou me faire de fausses idées !

Les Japonais globalement sont d’un respect immense, envers les institutions, les codes. Il n’y a quoi les voir attendre tranquillement dans une file de 10km (peut être un peu moins… 😇) pour le premier jour des soldes; attendre que tout le monde sorte du métro avant de pénétrer dans le wagon, et se confondre en révérences et excuses à longueur de temps (y compris lorsque je fais tomber des affaires, et qu’un employé les ramasse et me les tends en s’excusant ?!! Déborder du moule, c’est mettre en danger une institution, son entreprise, la nation (de façon caricaturale). Sur çertains points, nous devrions en prendre de à grainé !

Nous avons parfois été en difficulté en revanche, car ils poussent la politesse à l’extrême, au point de ne pas dire clairement « oui ou non » et nous laisser dans l’incompréhension (car nous, nous émettons des avis tranchés, ce qui les surprend aussi.)

Bref. Nous avons également exploré des endroits plus underground, cherche désespérément des bars à « hosts » (des jeunes hommes répondant aux critères de beauté actuels, qui boivent un verre avec toi et te font pense que tu es la plus belle femme sur terre, ceci moyenne -grosse- finance.). La période du nouvel an étant une période de « vacances » (4 jours), nous nous sommes de manière générale heurtées à beaucoup de portes fermées.

En revanche, nous avons tenté le « maid café », où ce sont de jeunes filles vêtues littéralement en soubrette qui font le service, t’accueillent à grands coups de « bienvenue maître » ou « bienvenue princesse » avec une voix suraiguë, un enthousiasme plus qu’exagéré. Une phrase contient environ six fois le mot « cute » ou « kawai » (mignon), elles font des petits cœurs avec leurs mains, et te font déguster des cafés où elles dessinent un ours « cute » lui aussi. Pour la modique somme de 6€ l’heure sans consommation (15€ environ), nous avons eu l’impression de subir une attaque dirigée contre nos tympans. La musique girls band n’aidant pas. Malgré tout, c’est réellement une experience à faire !! Elles étaient toute mignonnes dans de très jolies robes, et c’est juste incroyable pour nous, ce genre de places !!!

Nous avons également tenté le « Neko café » (neko = chat), concept qui arrive doucement en France. Tu es dans un café où tu es censé pouvoir te détendre en caressant des chats. Celui-ci, a l’entrée de la Takeshita street à Harajuku, n’était pas top (je ne sais pas si tous les cat café sont comme ça). 12€ pour 10mn, café compris. Les chats sont bien nombreux pour deux si petites pièces, sans endroit où se cacher quand ils en ont assez des humains qui les tripotent. Une seule personne surveille vaguement, les bambins s’en donnent donc à cœur joie y compris pour tirer les poils de ces chats qui n’ont pas l’air bien heureux. C’est fait, et nous ne le referons plus.

A noter que ce concept existe également avec des hérissons, des hiboux, des serpents. Nous avons même logé à côté d’un bar avec une mini reconstitution de banquise où vivent de pauvres pingouins. Bref, le bien être animal ne semble pas encore au cœur des préoccupations japonaises.

Sinon, nous avons tenté le « lockup » a Shinjuku, un restaurant à thème « prison – asile psychiatrique ». Le hall est assez angoissant, avec bruitages et projections à la sortie de l’ascenseur. Ensuite, tu arrives face à une « policière » (plutôt sur le penchant sexy) qui te passe une menotte et te tire jusqu’à ta table. Jeu de rôle peu convaincant, mais les petites cellules et manger derrière des barreaux n’est pas sans touche d’originalité. Ce sont des « prisonniers » qui te servent un repas loin du gastronomique. Puis une alarme retentit, les lumieres s’éteignent et des clowns 🤡, des monstres, … commencent à déambuler dans les couloirs, taper sur les grilles. Ils déclenchent quelques cris chez les japonaises. Pour notre part, nous sommes plutôt amusées, et lorsqu’un monstre entre dans notre cellule, on lui propose de s’asseoir à nos côtés. Il repartira en nous envoyant des bisous et nous faisant des cœurs avec ses mains. Moment amusant mais rien d’exceptionnel pour le prix (30€ par tête de pipe).

Au hasard des rues, des salles d’arcade (et salles de jeux fumeur, erk ! Ça ne nous manque pas !); Au détours des échoppes, il y a toujours de petites surprises. Parfois, tu rentres dans une épicerie, et… c’est un sex shop ! Nous y avons découvert des pépites, comme le spray à l’odeur de petite culotte, la ventée d’en culottes usagées, et d’autres joyeusetés que la décence m’empêche de citer ici !! (Mais si vous êtes sages je vous raconterais…) Florilège !

Sinon, le 6 Janvier, en plus de l’anniversaire de ma maman, le Japon fête ses pompiers/secouristes. A la base, il s’agit d’un festival traditionnel vieux de quelques siècles où les pompiers d’Edo faisaient des acrobaties en haut d’échelles en bambous. Y sont adjoints maintenant des discours, le défilé des différentes sections (ambulanciers, secouristes, équipés de smur, pompiers, …). Ils ont un système de secours extrêmement efficace et organisé (ce que nous avons malheureusement pu voir lors du tsunami de 2011), très respecté dans ce pays sans esse en proie à des seismes, et qui a subi le siècle dernier des catastrophes’ naturelles ayant parfois tué plusieurs centaines de milliers de personnes. Avec ces séismes, incendies, et les bombardements de la 2nde GM, il reste peu de maisons traditionnelles en bois, qui ont été remplacées par des buildings aux fortes propriétés anti sismiques.

Nous avons pu tester un simulateur de séisme, dans un camion avec une petite cuisine sur un sol movible. Pour les deux touristes que nous sommes, ils ont mis une magnitude 7, durant une dizaine de secondes. Et là, on comprend mieux ce que ça fait… On a été de bonnes élèves en tous cas, cramponnés aux pieds de la table !

Sinon, on a cherché le pompier le plus sexy pour faire une photo, on a comparé les ambulances françaises et japonaises, c’était un bon moment

En vrac, nous avons fêté l’an nouvelle année à Shibuya, avec quelques 120.000 personnes, rien de transcendant (zigzaguer entre les gens ivres, que l’alcool rend internationalement stupides, ça me tentait pas des masses…). La nuit a été marquée par un japonais qui a utilisé une voiture pour faucher une dizaines de personnes dans le quartier de Harajuku, a priori pour manifester contre la peine de mort (une dizaine de condamnés sont encore pendus chaque année au Japon).

J’ai également été assister à un spectacle traditionnel de théâtre, du Théâtre kabuki plus précisément. A l’origine créé et interprété par des femmes, aujourd’hui ce sont essentiellement des hommes qui jouent les deux rôles. N’étant pas sure d’aimer, j’ai choisi d’assister uniquement à une partie (1h30, et bien moins onéreux : il sait de places sans réservations situées au fond d’un theatre, c’était 15€ de mémoire). Le lieu est très beau (refait en 2013 car ne répondait plus aux normes antisismiques, mais existant à cette place depuis 1900). Le public écoute religieusement, les hommes poussant parfois des cris inattendus pour soutenir les personnages. Sur scène, un joueur de shamisen, un conteur/chanteur, et des acteurs/danseurs/chanteurs. J’ai été enchantée par la représentation, qui ne cassait pas les oreilles contrairement à ce que je craignais. C’est à la fois très épuré et pourtant très riche sur la mise en scène (plateau tournant avec différents décors). Un très bon moment que je conseille pour le dépaysement aussi !

Enfin, le musée Ghibli (du nom du studio d’animation de Miyazaki et Takahata, créateurs du tombeau des lucioles, le voyage de Chihiro, princesse Mononoké pour ne citer qu’eux). Très belle maison colorée et utopique, truffée de détails architecturaux farfelus, d’illustrations des personnages qui nous ont bercés. On y trouve l’histoire de la création des films d’animation, avec de très beaux dessins, malheureusement tout est écrit en japonais, nous laissant un peu sur notre fin. Pas de photos à l’intérieur, juste avec la statue sur le toit.

Et enfin, un passage au musée Teien, dans le quartier de Meguro. Il s’agit de ancienne demeure d’un prince impérial construite dans es années 20. Son épouse et lui ont vécu deux années à Pais, et inspirés par l’Art Nouveau et l’Art Deco, ont souhaité une maison qui combinent cette architecture française avec les standards japonais traditionnels. Elle est superbe, extrêmement bien conservée, les plus grands artistes français de l’époque y ont contribué, c’était une très bonne découverte pour les fans de la Belle Époque et des Années folles dont je suis ! Une exposition temporaire sur les inspirations orientales et exotiques dans l’art Nouveau a fini de me chanter. Pas de photos autorisees a l’intérieur malheureusement. Voici juste l’extérieur ! (Et j’ai passé 30mn à papoter avec deux japonais dans le jardin, qui ont tenu à faire environ 20 photos avec moi.)

Un beau séjour encore à Tokyo, qui était suffisant tant je ne supporte pas la surpopulation (37 millions d’habitants pour Tokyo et son agglomération de mémoire… hm…), faire la queue partout, prendre le métro toutes les cinq minutes, essayer d’éviter les gens toujours, … j’avais donc hâte de passer aux étapes suivantes (Nikko, Kyoto, Nara).

N’use avons malgré tout eu énormément de chance sur la météo : ciel bleu tous les jours, entre 6 et 12º), pas un pet de pluie !!

Je ne m’étendrais pas sur l’écologie au Japon tant j’ai été frustrée par tant de suremballage, omniprésence du plastique dans tous les coins, magasins ouverts sur la rue chauffage à fond, … Passons……..

Finissons plutôt avec un tas de photos en vrac !! Bisousss

Une réflexion au sujet de « 12 années après, retour à Tokyo »

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